Société des Naturalistes et Archéologues de l’Ain

Schizophyllum commune

Article et résumé de recherche bibliographique par Nadine Briant
Publié le jeudi 10 mars 2011 par Claudette TABARY

SCHIZOPHYLLUM COMMUNE

Tout mycologue a déjà rencontré un champignon aussi répandu et aussi facile à déterminer que le Schyzophyllum commune. On peut l’observer tout au long des saisons et on peut voir sa photo dans chaque livre de mycologie.

De plus, pour une fois, son nom n’a pas changé depuis bientôt deux siècles !

Depuis environ 100 ans, le schizophylle est l’objet de nombreuses publications décrivant sa biologie, son écologie, sa physiologie, sa biochimie, sa génétique, sa position en systématique, en taxonomie et en phylogenèse.

Au siècle passé, environ 20 espèces de Schyzophyllum ont été distinguées mais la plupart de ces noms sont soit des synonymes, soit insuffisamment documentés, ce qui a amené Cooke en 1961 à ne reconnaître que 5 espèces dans sa monographie mondiale du genre, toutes à “feuilles fendues” : Schizophyllum fasciatum, la seule espèce à cystides, Schizophyllum palmatum (carpophores blancs) et Schizophyllum umbrinum (carpophores brun doré) avec une couche épaisse et étendue formée d’hyphes appliquées contre le substrat, Schizophyllum brasiliense (spores jusqu’à 9µm) et Schizophyllum commune (spores jusqu’à 7,5 µm) sans cette couche d’hyphes, qui peut être trouvée chez nous, information également donnée dans la grande majorité des livres mycologiques.

Les études en taxonomie moléculaire de Nakasone (1996) et Moncalvo et al. (2002) ont clairement montré que Schizophyllum amplum et Schizophyllum commune sont deux espèces très voisines appartenant à un seul genre.

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Ce champignon se développe rapidement en culture, où il produit avec fiabilité des basidiomes, presque 100% de ses spores germent rapidement, il n’est pas exigeant quant au substrat nutritif, se satisfaisant de glucose et de quelques sels minéraux, desséché, il reste vivant durant des décennies. Il cause des dégâts au bois et aux fruits et il est facteur de maladies.

Cooke (1961) énumère plus de 350 espèces ligneuses sur lesquelles il a été trouvé. Bien que le bois soit son substrat normal, il vient aussi sur les fruits et sur d’autres produits agricoles, par exemple la canne à sucre, où il peut causer des dommages considérables, il peut également pousser sur des tissus animaux et humains. Pour ces derniers cas, ces faits sont rapportés essentiellement dans des revues médicales.

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Cooke (1961) rapporte des cas de schizophylles venus sur os de baleine, sur ongles de pieds, dans un crachat (certains mycologues ont la fâcheuse idée de mâcher ledit champignon). Un abcès venu dans la bouche d’un enfant fut analysé et le champignon isolé s’avéra être un Schizophyllum. Un article écrit par Rihs, Padhye et Good (1996) nous apprend que notre schizophylle peut se nicher sur les ongles, dans le nez, dans les poumons ou le cerveau, pouvant conduire des hommes à la mort.

Schizophyllum fut isolé dans une mycose pulmonaire humaine et fut responsable également d’une pneumonie. Les infections semblent devenir fréquentes ces dernières années, la raison en est que ce champignon semble profiter des déficiences immunitaires et qu’il s’attaque surtout aux patients porteurs d’HIV et chez les personnes affaiblies par des traitements médicamenteux.

Le Schizoplylle est donc moins dangereux pour les personnes en bonne santé, mais il serait prudent de s’abstenir de le porter à la bouche et de l’humer.

L’intérêt médical ne se limite pas au développement du schichophylle dans les organes humains. Foudin et Calvert (1982) signalent des stérilités et des fausses couches chez les cochons nourris avec une bouillie de sorgo malheureusement infectée par des Schizophyllum, et lorsqu’il fut remplacé par du sorgo sain, les symptômes disparurent et les laies mirent à nouveau bas des cochonnets en parfaite santé.

Si les Schizophyllum sauvages produisent une toxine qui fut nommée schizocommunime, ces champignons passent pour être comestibles au Congo,au Pérou, à Assam et en Thaïlande ! On se doit d’ajouter que l’honneur est sauf pour ce champignon, car il pourrait aussi avoir des vertus curatives.

Ying, Mao, Ma, Zong et Wen (1987) déclarent que ce champignon peut enrayer la croissance de certaines tumeurs malignes de 70 à 100 %. La substance active est un ummunofavorable (Brochers & al. 1999, Sadler 2003).

Au Japon, on produit industriellement, à base de schizophyllane, un médicament contre les tumeurs cérébrales, et si nous ne savons pas s’il est véritablement efficace, il l’est sur un plan commercial !

Bibliographie Bresadola J.1929 iconographia mycologica Band XI- Mailand

Brochers A.T, J.S. Stern, R.M. Hackman, C.L.Keen&E.Gershwin, 1999,Mushrooms tumors and Immunity-Proceedings of the Society for Experimental Biology and Medicine 221 ;281 (Minireview)

Foudin A.S. & O.H. Calvert, 1982 : Schizophyllum commune as a possible mycotoxin producer in association with sorghum grain. Mycologia 74 ; 1041-1043

Cooke W.B. 1961 ; the genus Schizophyllum ; Mycologia 53 : 575-599

Nakasone K.K., 1996 : Morphological and molecular studies on Auriculariopsis albomellea and Phlebia albida and a reassessement of A. ampla- Mycologia 88 : 762-775.

Ying J., X. Mao, Q.Ma, Y. Zong & H. Wen, 1987 : Icones of medicinal fungi from China- Science Press, Beijing

Zhuang C ; 1998 : Comprensive Cancer Care ; Integrating Complementary & Alternative Therapies. New Biological Therapies Session 204.

Internet : www.cmbm.org/conferences/ccc98/tran...

Rihs J. D, A.A. Padhye & C.B. Good, 1996 : Brain Abscess caused by Schizophyllum commune an Emerging Basidiomycete Pathogen.- J. Clinical Microbiology 34 : 1628-1632.

Bulletin Suisse de Mycologie 82ème année juin N° 3/2004

Bulletin Suisse de Mycologie 82ème année août N° 4/2004

Bulletin Suisse de Mycologie 82ème année octobre N°5/2004

Caractères de Schizophyllum commune L. : Fr.

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Schizophyllum du Grec Skizô = fendue

Phyllum = à lames fendues.

commune du Latin communis = commun

Les lamelles de cette espèce sont d’une constitution très curieuse. On s’aperçoit, à les regarder de près, qu’elles sont fendues dans le sens de la longueur.

Cette particularité unique a valu à ce genre son nom qui signifie « lamelles fendues »

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Spores de 4X1µ, cylindracées
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Développement des feuillets

Un pli se forme à partir du chapeau et progresse vers le bas, d’abord en déformant l’hyménium (dessiné en gris), puis en le perçant. Plus tard, le pli se fend.

Texte, dessins et photos de Nadine Briant


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