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Un si joli petit ruisseau - [Société des Naturalistes et Archéologues de l'Ain]
Société des Naturalistes et Archéologues de l’Ain

Un si joli petit ruisseau

Nostalgie
Publié le jeudi 10 février 2011 par Pierre RONCIN

Il était une fois une grande prairie humide qui bordait une petite rivière de Bresse. De nombreuses sources phréatiques et pérennes se rejoignaient pour donner naissance à un joli ruisseau aux eaux fraîches.

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Petit ruisseau aux eaux abondantes

Son fond de fins graviers servait de support à bon nombre de plantes aquatiques qui amélioraient encore la qualité de l’eau et servaient d’abri à quantité de petits être vivants, eux mêmes servant de nourriture à plus gros qu’eux. Au royaume des crevettes

Encore enfant, j’en avais entendu parler par mon oncle, fin pêcheur qui, lorsque je venais en vacances en Bresse chez ma grand mère, prenait un malin plaisir à me montrer les belles truites qu’il y prenait. Elles n’avaient pas la même apparence que mes truites du Rhône en étant beaucoup plus colorées et surtout beaucoup plus grasses que les poissons argentés et sveltes du grand fleuve. Une belle truite fario (Salmo trutta fario) Je n’avais pas l’habitude de pêcher dans les ruisseaux mais je brûlais de connaître ce petit cours d’eau.

Je ne fus pas déçu, ni par son apparence si limpide (on en aurait bu…) ni par la faune qui y vivait : troupes de vairons qui prenaient des couleurs éclatantes au moment du frai, au printemps. Vairons ( Phoxinus phoxinus)

Et puis il y avait ceux que l’on voyait rarement mais qui étaient bien présents et que l’on apercevait quand on mettait les pieds dans le ruisseau et que, ainsi dérangés, ils changeaient de cache, comme les Chabots (Cottus gobio) Chabot (Cottus gobio) avec leur grosse tête, poissonnet très apprécié des truites. Un printemps j’eus même le plaisir de tomber sur une frayère de Lamproies de Planer. Ces petits poissons, de la taille d’un gros lombric, nettoyaient une portion de gravier en remuant les petits cailloux à l’aide de leur ventouse buccale, cela afin de préparer un nid impeccable pour leurs oeufs. La ponte terminée, les parents mourraient. Les larves restaient alors enfouies dans le sable jusqu’au moment où elles atteindraient le stade adulte Lamproies de Planer sur leur frayère .

A cette époque je ne m’intéressais pas encore aux libellules mais il devait sûrement y en avoir des centaines de toutes espèces et de toutes couleurs pour parfaire le décor de ce petit coin de paradis.

Les années ont passé. Une grosse exploitation de granulats s’est installée sur le site de « ma » prairie humide qui a disparu et les sources fraîches se sont retrouvées au fond du grand plan d’eau ainsi créé et qui n’ont plus alimenté le ruisseau mais le cours de la Veyle. Son débit est devenu infime. Un élevage n’a rien trouvé de mieux que d’y envoyer ses eaux usées (trop plein de lisier, eaux de lavages…) et vous devinez la suite : mon si joli petit ruisseau s’est transformé en égoût Colonies de bactéries friandes de nitrates et d'oxygène . Tous les poissons ont disparu, sauf quelques petits chevesnes qui sont très résistants à la pollution.

J’en aurais pleuré… J’ai essayé d’intervenir auprès du syndicat de la Veyle qui s’était créé pour supporter un contrat de rivière sensé améliorer, entre autres, la qualité des eaux. Des améliorations ont été apportées à la situation générale du bassin ; mais mon petit ruisseau, en ce début d’année 2011, est toujours dans un triste état. Des PV ont été dressés, classés « sans suite » par la justice, au point que les gardes, désabusés, ne veulent plus s’y intéresser. Certaines années, la situation s’améliore un peu et l’espoir renaît mais c’est pour mieux constater une rechute l’année suivante.

Et mon petit ruisseau n’est pas une exception en Bresse. Prospectant avec l’ami Régis, odonatologue distingué, nous n’avons souvent trouvé que les premiers mètres du cours des ruisseaux en bon état. Malgré toutes les promesses qui sont faites, on constate peu de résultats positifs. Dans le cadre des contrats de rivière, une amélioration est sensible au niveau du traitement des eaux des villes, un peu des villages ; mais que d’efforts restent à faire au niveau des pollutions agricoles …

Que j’aimerais être optimiste, mais le ciel ne se dégage pas encore… !


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