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Mort suspecte au Grand Colombier ! - [Société des Naturalistes et Archéologues de l'Ain]
Société des Naturalistes et Archéologues de l’Ain

Mort suspecte au Grand Colombier !

Un record d’altitude pour Libellula fulva en France
Publié le lundi 29 juin 2009 par Marjorie LATHUILLIÈRE

La communauté des anisoptères de l’Ain est en émoi : le 21 juin dernier a été retrouvé sur le Grand Colombier le cadavre d’un de ses représentants : une Libellula fulva femelle. Son corps gisait sur le parking du site, sous le regard indifférent des motards, cyclistes et autres visiteurs du site. Avec sa bouche entrouverte, elle semblait soupirer : « Ah, quelle cruelle ironie du sort pour un odonate que de mourir un 21 juin, premier jour de l’été ! ». Pour vous, chers lecteurs, nous avons rencontré l’inspecteur Fonscolombo, qui mène l’enquête…

Anne Izeaud : bonjour ! Avez-vous rencontré des difficultés pour identifier le cadavre trouvé ?

Inspecteur Fonscolombo : il était tout de suite clair qu’il s’agissait d’une Libellula fulva par la présence de taches sombres à la base des ailes (contrairement aux Orthetrum qui ont 4 ailes hyalines) mais sur les ailes postérieures seulement (contrairement à Libellula depressa). Ensuite, notre équipe d’experts a observé de près les pièces anales pour arriver à la conclusion qu’il s’agissait d’une femelle ; la couleur du corps n’aurait pas été un bon indicateur dans ces conditions !

A.I. : votre léger accent trahit vos origines méridionales… pourquoi a-t-on fait appel à vous pour enquêter ici, dans le Bugey ?

I.F. : mon espèce, Sympetrum fonscolombii, est connue pour ses voyages au long cours donc vous pouvez facilement nous voir loin de notre région d’origine ! Et puis, je fais partie d’Interpol’odo, le réseau qui enquête sur les morts suspectes chez les Odonates.

A.I. : et pourquoi a-t-on fait appel au grand spécialiste que vous êtes pour cette mort-là. Après tout, des libellules, il en meurt chaque jour !

I.F. : oui, mais ce n’est pas tous les jours que l’on rencontre une libellule fauve à cette altitude…

A.I. : n’est-elle pas capable de voler jusqu’au sommet du Colombier ?

I.F. : techniquement, si, mais chaque espèce a besoin de conditions particulières pour vivre, des conditions pour lesquelles elle est adaptée. Cela met en jeu tout un ensemble de facteurs : présence de proies, de prédateurs, d’espèces pouvant entrer en compétition… ainsi que le type de milieux aquatique, la température, etc…

A.I. : et ces facteurs entraîne une distribution à des altitudes plus ou moins élevées ?

I.F. : oui, certaines espèces sont bien adaptées aux hauteurs, comme Leucorrhinia dubia qui atteint 2300 m dans les Pyrénées ! En revanche, jusqu’à présent, les données disponibles pour Libellula fulva faisaient état d’une altitude maximale de 750 m (in Deliry).

A.I. : effectivement, cela fait une différence ! Mais les zones de présence sont-elles si figées pour chaque espèce ?

I.F. : non, à très grande échelle de temps, les aires de répartition évoluent car les besoins des espèces peuvent changer, de même que leurs conditions environnementales. C’est un équilibre qui doit être réinventé à chaque instant.

A.I. : alors nous ne risquons pas d’en apprécier les changements à l’échelle d’une vie humaine !

I.F. : si… hélas ! Les activités humaines ont sensiblement accéléré certaines modifications et de nombreux naturalistes perçoivent déjà des changements. Par exemple, les différentes espèces de Leucorrhinia montrent un déclin certain dans notre département… En cause notamment : les bouleversements climatiques et les modifications voire destructions d’habitats.

A.I. : n’êtes vous pas en mesure de vous adapter ?

I.F. : il faut pour cela nous laisser des populations suffisamment importantes pour qu’une variabilité nous permette cette adaptation ! Et puis, cela dépend des espèces. Comme je vous le disais précédemment, certaines, comme la mienne, sont de grandes vagabondes qui s’accommodent de milieux aquatiques variés. C’est un avantage non négligeable : cela nous permet d’explorer de grands territoires et de nous reproduire dans tous types de milieux (ou presque). Si l’on ajoute à cela le rythme très rapide de développement de nos larves (quelques semaines !), on comprend que notre espèce soit actuellement en progression…

A.I. : et qu’en est-il pour Libellula fulva ?

I.F. : justement, elle n’est pas connue pour ses grands voyages et s’éloigne peu des sites de reproduction. Ce n’est pas forcément un handicap pour la survie de l’espèce… tant que les hommes ne détruisent pas le réseau de milieux favorables !

A.I. : mais êtes-vous sûr qu’elle y est arrivée par ses propres moyens, à cette altitude ? N’a-t-elle pas pu être percutée par une voiture puis transportée par celle-ci jusqu’au Grand Colombier ?

I.F. : c’est peu probable ! Même si elle était tombée sur une de ces voitures sans permis qui ne dépasse pas les 30 km/h, elle n’aurait pas pu garder des ailes en si bon état ! Aeshna isoceles, qui m’assiste sur cette enquête, a émis l’hypothèse quelque peu farfelue d’un odonatologue en mal de reconnaissance qui aurait volontairement tué et déposé à cet endroit cette malheureuse Libellula fulva. Personnellement, je pense que l’oxygène a fait défaut à Aeshna isoceles lorsque nous étions sur le site pour les besoins de l’enquête, ce qui a altéré son jugement. Il faut dire que, comme Libellula fulva, ce n’est pas un montagnard !

A.I. : alors quelle est votre hypothèse ?

I.F. : je n’ai aucune certitude mais peut-être que, tout simplement, au hasard de ses pérégrinations, elle est arrivée jusqu’à ce site ! Vous savez, une vie de libellule adulte est riche en déplacements entre l’émergence, la maturation et la reproduction… A-t-elle été prise dans un courant d’air ? S’est-elle égarée en cherchant un site de ponte favorable ? Fuyait-elle le harcèlement des mâles cherchant l’accouplement ? Était-elle partie à la recherche des tulipes sauvages du Grand Colombier ?…

A.I. : on ne saura probablement jamais comment elle est arrivée si haut mais cela lui a été fatal !

I.F. : oui. Les déplacements nécessaires pour assurer la pérennité de l’espèce ne sont pas sans risques. Et la cause de sa mort reste elle aussi mystérieuse !

A.I. : A-t-elle pu être attaquée par quelque oiseau insectivore ?

I.F. : son corps en garderait probablement les traces… Elle a pu être percutée par un véhicule sur le parking, ce qui expliquerait la rotation de sa tête. Ou être surprise par le froid (7°C) qui régnait en ce 21 juin à cette altitude… Tout n’est pas résolu… Affaire à suivre !

A.I. : alors, bonne continuation !

Nous vous souhaitons à tous de bonnes vacances et surtout beaucoup de libellules… vivantes de préférence ! En cas de pluies torrentielles ou de vents force 10, peu propices aux observations odo, vous pourrez toujours vous consoler en consultant le site des Histoires naturelles du Grand Père Soulcie de Cyrille Deliry et celui du Groupe de recherche et de protection des libellules Sympetrum.


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